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Dernière mise à jour : 23 novembre 1997.

Analyse Fonctionnelle

et

Communication

Intelligence économique



Extraits rassemblés par Alain Bouvet


L'intelligence économique est un outil stratégique encore mal perçu par les entreprises.

Le Monde Mercredi - 27 Novembre 1996. Par Marie-Béatrice Baudet.

Assimilée par erreur à de l'espionnage industriel, elle permet de précéder la concurrence et de s'en défendre.

Les fervents partisans de l'intelligence économique repartent à l'attaque. Les 5 et 6 décembre, un grand nombre d'entre eux seront rassemblés à Paris, à l'occasion des "Cinquièmes Assises Européennes de l'Intelligence Economique". Parallèlement, ce mois-ci sortent en librairie deux livres sur le sujet. Le premier (L'Intelligence économique, Economica) fait le point sur le concept. L'auteur, Alain Bloch, enseignant au CNAM et a l'ESCP, est aussi un ancien auditeur de l'IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale). Le second (Du renseignement à l'intelligence économique, Dunod) est écrit par deux commissaires divisionnaires - l'un, Jean-Claude Possin, à la retraite, l'autre, Bernard Besson, encore en activité - qui prennent le relais des universitaires pour essayer de convaincre les entreprises françaises de l'importance stratégique de la question. Car, de leur avis comme de celui de nombreux experts, il ne fait aucun doute que l'Hexagone a, dans ce domaine, au moins quinze ans de retard par rapport à la Suède, à la Grande-Bretagne, au Japon ou encore aux Etats-Unis.

Plusieurs éléments expliquent cet état des lieux défavorable. D'abord les idées fausses qui circulent sur le sujet. "L'intelligence économique, rappelle Jean-Luc Dallemagne, professeur à l'Université de Marne-la-Vallée, où il dirige le DESS "Ingénierie de l'intelligence économique", ce ne sont pas des jamesbonderies. Que l'on arrête donc d'imaginer que c'est un jeu réservé aux espions. En réalité il s'agit d'utiliser l'information comme outil de compétitivité d'une entreprise. Jean-Claude Possin et Bernard Besson en conviennent également. S'ils témoignent aujourd'hui, "c'est parce que la méthodologie du renseignement obéit à des rêgles universelles transmissibles".

Chiffre clé que les uns et les autres mettent en avant : 90 % de l'information est "ouverte", c'est-à-dire accessible à condition de savoir poser les bonnes questions et de tisser une toile d'araigné qui identifie clairement les supports (revues, banques de données, etc) et les réseaux à activer. "L'espionnage industriel, c'est le Moyen Age, l'illicite, l'illégal", insiste Jean-Claude Possin qui rappelle avec ironie que "les chefs d'entreprise ont assez de soucis aujourd'hui avec les affaires pour ne pas en rajouter." Son compère Bernard Besson va plus loin, en affirmant que "L'espionnage, c'est aussi l'arme du pauvre. Le riche achète les PME, les brevets et les salariés qui vont avec".

Deuxième faux pas, imaginer que l'intelligence économique est réservée à des entreprises dont l'activité est technologiquement sensible. Erreur, souligne Roger Moiroud qui coordonne les réseaux d'information au sein de la direction centrale de la stratégie de l'UAP. "Toute entreprise, pour peu qu'elle ait vocation à se développer à l'international, doit s'informer sur le pays et les concurrents qui s'y trouvent." Roger Moiroud préside ainsi la SCIP France (Association Française pour la Promotion de l'Intelligence économique et Culturelle) qui regroupe deux cent cinquante adhérents, parmi lesquels Elf, Thomson, mais aussi des banques, des compagnies d'assurances, ainsi que des grands de l'agro-alimentaire et de la distribution.

Dernier point sensible, l'idée que l'intelligence économique est un concept "intello", avec des applications concrètes limitées. Les experts n'en finissent pas de fournir contre-exemple sur contre-exemple. L'arrivée d'Internet est d'ailleurs, pour eux, du pain béni. "Nous disposons désormais d'agents électroniques qui vont récolter pour nous, sur l'ensemble de la planète, des informations à partir de simples mots clés" raconte Bernard Besson. Et obtenir ainsi, entre autres, les brevets déposés au Japon, les participations croisées dans tel ou tel secteur industriel.

FAUSSES PISTES :
L'informatique n'est pas tout. Il y a aussi le bon sens et, comme l'explique Jean-Luc Dallemagne, "l'importance accordée aux signaux secondaires. Il suffit parfois de faire le lien entre deux événements pour découvrir une information-clé". Les entreprises déposent des brevets-leurres pour lancer leurs concurrents sur de fausses pistes de recherches, raconte Jean-Claude Possin qui assure maintenant des missions en entreprise. L'intelligence économique permet aussi de déjouer ce type de manipulation. "Il suffit, par exemple, de vérifier si suite au dépot d'un brevet, une usine achète du matériel neuf, recrute de nouveaux profils. Et puis, le reflexe de base consiste à faire très vite analyser le nouveau brevet par ses propres ingénieurs."

La France ne découvre pas totalement le domaine. Henri Martre, I'ex-PDG d'Aerospatiale, avait remis un rapport en février 1994 (Intelligence économique et stratégie des entreprises) qui permettait de recenser l'ensemble des initiatives existantes. Les grands groupes ne sont d'ailleurs pas forcément à la pointe du mouvement. De nombreuses PME et PMI, épaulées parfois par les Chambres de Commerce et d'Industrie, s'y intéressent également et se regroupent au sein d'associations pour faire de l'intelligence économique un véritable outil de management stratégique. Beaucoup d'entreprises raisonnent déjà en termes de veille technologique, de chasse à la fraude, de gestion concurrentielle cantonnant ainsi l'intelligence économique à des domaines particuliers, "alors qu'elle doit irradier l'ensemble de l'entreprise" insiste Roger Moiroud qui, précisant que "tout cela prendra du temps" aime faire le parallèle avec les démarches qualité lancées il y a une quinzaine d'années en France et réservées au démarrage à quelques spécialistes de l'entreprise qui ont, petit à petit, fédéré l'ensemble des énergies des salariés. On découvre alors l'une des difficultés majeures à laquelle le concept risque de se heurter : le refus des hiérarchies de partager l'information, signe de pouvoir. "L'intelligence économique est subversive, car elle doit utiliser des forces, des savoirs que les élites aristocratiques à la tête des grands groupes français ont plutôt tendance à mépriser", assène Bernard Besson.

Intelligence économique : du réveil à l'action

Le Figaro Economie - Lundi 28 octobre 1996. par Georges Margossian.

Retard culturel ou indifférence... L'intelligence économique reste en France un concept trop flou.

Mais des entreprises s'y mettent, défrichent un terrain nouveau et des formations apparaissent.

"Les entreprises vont connaître une révolution." L'homme qui parle n'est pas un grand gourou du management, ni un chef d'entreprise. C'est un général de brigade, spécialiste du renseignement. Le général Pichot-Duclos dirige Intelco, un organisme chargé de développer le concept français d'intelligence économique. Il propose également une formation aux cadres et dirigeants qui opèrent dans des secteurs sensibles, soumis à rude concurrence par des entreprises étrangères. Le renseignement se met ainsi au service de la vie économique.

"Nous voyons apparaitre de nouvelles conditions de travail, sous l'impulsion des télécommunications, de l'informatique et du multimédia. Les réseaux mondiaux nous obligent à réinventer un modèle de société" explique le spécialiste du renseignement. Dès lors, I'information est partout. Profusion d'études scientifiques, de journaux, de fichiers, de rapports, de banques de données, etc. Incontournable mais disponible. Trop dense pour être immédiatement utilisable.

Il n'y a qu'à se servir, mais comment ? Le réseau Internet est une bonne illustration. Une révolution. La veille technologique ne suffit plus. Et l'espionnage, autrement dit le vol d'information secrète, ne représenterait que 10 % du total !... L'ensemble est regroupé sous le terme d'intelligence économique car il s'agit désormais pour les entreprises de saisir les bonnes informations avant de prendre une décision.

La révolution consiste donc à maîtriser l'information et surtout à s'en donner les moyens. C'est le nouvel enjeu du XXle siècle. Les spécialistes du renseignement militaire se recyclent après la guerre froide. L'information ouverte, c'est-à-dire disponible légalement, couvre désormais près de 90 % du marché. Et l'entreprise, si elle n'y prend garde, peut perdre une occasion d'agir avant ses concurrents. "Malheureusement, nos élites n'ont pas de culture de renseignement, contrairement aux Américains, aux Japonais ou aux Allemands" déplore le général. En 1994, déjà, un rapport du Plan préconisait un changement de comportement. Le message a-t-il été reçu ?

Une stratégie offensive.
"Dans les PME, on parle d'intelligence économique sans le savoir. Elles savent qu'il existe déjà beaucoup d'informations dans les Chambres de Commerce et d'Industrie, mais elles ne savent pas quoi en faire", raconte Roland Mayer, directeur de Traverses, consultant en Gestion de situation de crise. Les PME parent surtout au plus pressé. L'intelligence économique ? Du temps perdu. Une direction commerciale semble prioritaire à leurs yeux, face à la recherche et au développement. "Les PME se trouvent souvent dans une situation de réactivité face aux événements. L'intelligence économique devrait au contraire leur permettre d'adopter des stratégies offensives."

Roland Meyer propose ainsi de mettre en place dans les entreprises de petites équipes formées de deux ou trois personnes capables de faire des propositions après avoir réalisé des études prospectives. Les PME les plus exposées à la concurrence internationale en ressentent d'ailleurs le besoin.

"On sent monter une certaine inquiétude chez les dirigeants d'entreprise. L'information circule de plus en plus vite et ils n'ont pas forcément les moyens d'utiliser l'information disponible", observe Robert Guillaumot, président d'Inforama, spécialisé dans les logiciels de renseignement. Inforama a d'ailleurs aidé la Chambre de Commerce de Pau à transformer son centre de documentation en une cellule d'intelligence économique. Une opération qui devrait permettre aux entreprises locales de développer leurs activités sur des marchés exterieurs.

Parfois, la démarche est simple : observer les petites annonces, comparer les communiqués de presse ou les déclarations du PDG peut en dire long sur la stratégie d'une société... "Aujourd'hui, beaucoup d'entreprises mettent leurs informations et leurs communiqués sur Internet", relève Robert Guillaumot. Le tout est de savoir les utiliser. L'intrépide espion en imperméable a pris un coup de vieux. Il se perdrait aujourd'hui dans un labyrinthe de réseaux électroniques. Car le B.A. BA, dans I'intelligence économique, c'est la connaissance des serveurs, explique Emmanuel Pateyron, conseiller scientifique à l'Institut du management à EDF : "Les spécialistes de demain utiliseront Internet comme n'importe quel autre outil. Leur métier nécessitera un repérage de tous les serveurs susceptibles de leur apporter des informations essentielles". Observer tous les marchés du monde ou presque... nécessite également une excellente connaissance des langues. Les multilinguistes seront les bienvenus.

Mais l'intelligence économique, concept encore trop flou pour occuper les laboratoires universitaires, ne fait pas l'objet de formations spécifiques. Ou alors, elles se comptent sur les doigts d'une main. Un mastère à Sophia-Antipolis, près de Nice, mis en place l'année dernière, et un DESS qui vient de voir le jour à Poitiers. Objectif : créer un véritable pôle universitaire spécialisé en intelligence économique.

A Poitiers, par exemple, on souhaite même prolonger cette expérience par la création d'un DEA, premier pas vers la recherche. Les débouches ? "Nos élèves viennent à la fois du monde professionnel, des avocats, par exemple, et de formations axées sur l'économie, le droit ou la gestion. Ils pourront ensuite travailler dans des chambres de commerce, les cabinets de lobbying ou d'ingénierie financière. Dans les entreprises, je pense qu'ils devront être reliés directement à la direction générale car c'est une fonction naturellement transversale", indique Jean-Louis Levet, le responsable de la constitution du futur pôle universitaire d'intelligence économique.

L'intelligence économique, une révolution pour les entreprises ? Elle passe d'abord par un profond changement d'organisation. Le mouvement est en marche depuis plusieurs années. Ainsi, les classiques structures pyramidales s'applatissent. Les lignes hiérarchiques rétrécissent dans la plupart des grands groupes français.

"Il faut changer les habitudes. Tant que l'entreprise ne prendra en compte que l'aspect productif dans sa recherche d'information, elle sera à la traine. Elle doit posséder un très large champ d'investigation et se sentir capable de répondre à des attaques qui ne sont pas forcément liées à ses produits" avertit Christian Harbulot, directeur adjoint d'Intelco. L'environnement presse les entreprises à revoir leur organisation. Mais les métiers de l'intelligence économique, eux, sont encore virtuels.


Henri Martre : "Les chefs d'entreprise en ressentent la nécessité."

Président d'honneur d'Aérospatiale, Henri Martre était responsable en 1994 du groupe du Plan sur l'intelligence économique.

LE FIGARO ECONOMIE. - En matière d'intelligence économique, pourquoi les Francais ne sont pas au même niveau que leurs concurrents ?

Henri MARTRE. - ll y a certes une prise de conscience. Mais nous possédons une culture individualiste, assez peu tournée vers l'extérieur. C'est un véritable problème car elle ne nous pousse pas à capter des informations sur les autres marchés pour ensuite les faire circuler. Un Japonais, par exemple, va chercher à qui il peut transmettre ses informations. Un Americain, lui, le fera mais dans le cadre de son entreprise.
Nous devons donc généraliser les organisations matricielles, favoriser le travail en equipe. Cela doit commencer dès l'école.

FE - Vous constatez une évolution depuis deux ans ?
HM - Les chefs d'entreprises commencent à s'y intéresser. Mais il faut du temps pour établir les réseaux, du temps et de l'argent. L'intelligence économique n'est pas encore organisée comme une fonction dans l'entreprise. Elle le deviendra progressivement.

FE - Vous êtes membre du Comité pour la compétitivité et la sécurité économique, rattaché au Ministre de l'Economie et des Finances. Sur quoi travaillez-vous ?
HM- Ce comité se penche aujourd'hui sur la circulation de l'information au sein des administrations. L'objectif est de créer un circuit, un véritable réseau auquel les entreprises pourront avoir accès.


FUTURS- La France mise enfin sur l'innovation.

Science et Vie - 952, Janvier 1997, p. 150-153

Forte en recherche pure, la France ne sait pas la convertir en applications. Elle vient d'admettre officiellement son immense retard en matière d'innovation. Quatre mesures doivent resserrer les liens entre les inventeurs et l'industrie. (Par Gerard Morice).

L'exemple :

Auguste Commeyras, directeur de laboratoire à l'Université de Montpellier II (ici, avec une de ses collaboratrices), est l'exemple qui illustre le nouvel etat d'esprit de la recherche (voir Science et Vie 935, p.58). Il a fait une découverte purement scientifique et fondamentale, celle du "moteur chimique" à partir duquel se sont formées les protéines et les acides aminés (ARN et ADN) qui conditionnent la vie.

Mais il a également mis au point un système de production des macromolécules qui intéresse les industries pharmaceutiques et agroalimentaires, leurs techniques posant d'importants problèmes de réactifs et de purification. Commeyras s'est donc adressé au service de valorisation de la recherche de l'Universite de Montpellier, qui l'a aidé à déposer un brevet aujourd'hui fort convoité par l'industrie.

UN ATOUT mal exploité.

La France n'est pas à la traine en matière de recherche. Le pourcentage de son produit intérieur brut consacré à la R&D est identique à celui de l'Allemagne. Là où elle pêche, c'est dans la mise en application de ses découvertes.

La France se doit d'avoir une politique ambitieuse em matière de recherche et d'innovation (Nous avons évoqué ses lacunes en mai dernier : Science & Vie n 944, p. 122). Il suffit d'observer les grandes nations pour s'en convaincre. Les industriels américains viennent de rappeler aux candidats à l'élection présidentielle que, depuis cinquante ans, la croissance du pays est due pour moitié à l'innovation technologique. Les japonais viennent de décider de doubler leur budget consacré à la science et à la technologie. Enfin, les entreprises allemandes se portent mieux que les notres, car elles réalisent les deux tiers de leur chiffre d'affaires avec des produits nouveaux, la proportion n'étant que d'un tiers en France.

Cette impérieuse nécessite figure en exergue du rapport que vient de présenter le Comite Interministériel de la Recherche Scientifique et de la Technologie. Créé en 1958 par le Général de Gaulle afin d'orienter la recherche et de mobiliser la communauté des chercheurs, le comité avait vu ses activités brutalement interrompues en 1982.

Aujourd'hui, on reconnait officiellement qu'il y a une formidable carence dans la valorisation des découvertes françaises, souvent récupérées par les pays concurrents.

Ce fossé entre la science et l'industrie ne surprendra personne. On en avait déjà eu un très net aperçu à la lecture de l'enquête publiée il a quelques mois par le Ministère de l'Industrie, "Les cent technologies clés pour l'industrie Française à l'horizon 2000". Menée sur le terrain, elle recensait 136 technologies jugées majeures dans neuf secteurs. Elle évaluait, technologie par technologie, les "forces" et les "faiblesses", d'une part de la recherche, d'autre part de l'industrie. Et elle ne pouvait que constater un inquiétant décalage entre le monde de la science et celui de l'industrie.

Comment sortir de cette aberration ? Comment donner cette "nouvelle ambition et ce nouveau souffle à la recherche publique", dont le Premier Ministre a voulu qu'ils se concrétisent dès le budget 1997 ?

La politique de valorisation se traduit par quatre mesures. La première part d'une constatation : si les travaux des organismes de recherche publique débouchent sur le dépot et sur l'exploitation d'un si petit nombre de brevets, c'est parce que les chercheurs préfèrent publier leurs résultats dans la presse scientifique anglo-saxonne - instrument de leur "promotion" - et parce qu'ils ne collaborent pas suffisamment au développement des produits ou des procédés découlant de leurs découvertes. On instaure donc un intéressement financier des équipes de recherche publique à l'exploitation économique des inventions, des logiciels, des obtentions végétales, de tous les travaux valorisés auxquels elles auront participé directement.
Cet intéressement atteindra 25 % des royalties perçues par les établissements publics. Il sera maintenu même si les chercheurs quittent leurs fonctions ou partent à la retraite, et ne sera limité par aucun plafonnement. C'est là une révolution qui risque de poser un problème aux entreprises privées. Jusqu'à présent, en effet, on distinguait les inventions "de service" - non rémunérées puisque le chercheur était déjà payé pour les mettre au point - des inventions "libres", dont il restait l'unique propriétaire, puisqu'elles n'avaient pas été faites dans le cadre de sa mission de recherche. Les entreprises privées devront-elles également rémunérer leurs chercheurs déjà payés pour trouver ?

La seconde mesure est, elle aussi, d'ordre financier. Elle vise à rétablir l'équilibre, lors de la rencontre autour d'un projet d'entreprise, entre les investisseurs, qui apportent le financement, et les inventeurs, qui contribuent au projet par une innovation technologique. Dès le 1er janvier 1997, la taxation de la plus-value constituée par l'apport d'un brevet, d'une invention brevetable ou d'un procédé de fabrication industrielle à une société chargée de les exploiter sera différée de cinq ans.

C'est un avantage financier encore, mais pour les personnes privées qu'apporte la troisième mesure. Il s'agit de favoriser et de faciliter la prise de risques d'investisseurs hésitant à participer au financement des entreprises, surtout de petite taille, et qui se lancent dans l'innovation - toujours source d'incertitude. Pour les encourager, le budget 1997 crée des fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI), qui offrent une réduction de l'impot sur le revenu égale à 25 % des sommes investies (dans la limite de 37 500 F pour les célibataires et de 75 000 F pour les couples). Ce dispositif vise à pallier la carence actuelle du marché des capitaux dans le domaine de l'innovation-création et à faciliter le passage au financement privé d'une technologie encore administrée, assise sur l'octroi d'aides par l'Agence de l'innovation (ANVAR), qui distribue environ 1.2 milliard de francs par an.

La quatrième mesure doit assurer un réel partenariat entre la recherche publique et les PME. Il faut leur donner accès aux informations scientifiques et technologiques des laboratoires publics. En matière d'innovation, les chercheurs et les techniciens sont apparemment en nombre suffisant. Mais ils souffrent de leur dispersion. C'est que la plupart des organismes publics de recherche ont ete créés après la Seconde Guerre mondiale pour répondre aux objectifs spécifiques de grands programmes nationaux (nucléaire, aéronautique et spatial, télécommunications et informatique, etc.). Or le progrès des connaissances fait que leur dispositif actuel présente beaucoup de complémentarités (inexploitées), ainsi que des "doublons" et des lacunes. Y mettre bon ordre sera la mission du Consortium de Recherche et d'Iinnovation pour l'Entreprise (CRIE), qui regroupe le CNRS, le CEA, I'ONERA, I'INRA, la société de recherche sous contrat Bertin, le réseau des centres techniques industriels, le CEMAGREF et l'INRIA (*). Le CRIE dont la création concerne une dizaine de milliers de chercheurs, aura pour mission d'apporter des réponses concrètes aux entreprises qui souhaitent renforcer leur potentiel d'innovation. L'évolution est de taille. Car les relations entre les entreprises et les laboratoires publics de recherche (organismes et universités) sont pour l'instant informelles. Les contrats de recherche représentent à peine plus de 10 % des ressources totales des laboratoires publics, le tiers seulement de ces ressources (environ 3 %) provenant de contrats passés avec des entreprises privées.

(*) Centre National de la Recherche Scientifique; Commissariat à l'Energie Atomique; Office National d'Etudes et de Recherches Aérospatiales; Institut National de la Recherche Agronomique; Centre National du Machinisme Agricole, du Génie Rural, des Eaux et des Forêts; Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique.

Légende des tableaux : (non reproduits ici)

Science et industrie: le FOSSE
Le Ministère de l'Industrie a étudié 136 technologies essentielles dans neuf secteurs d'activité. Le tableau ci-dessous indique le nombre de celles où la France est forte sur le plan scientifique d'une part, et sur le plan industriel, d'autre part. On constate que, hormis dans le secteur de l'énergie, la France est bien plus habile dans la recherche que dans le développement.

DE LA RECHERCHE fONDAMENTALE AUX APPLICATIONS TECHNIQUES
En raison du caractère fondamental, académique, de la recherche menée par les organismes publics, leurs découvertes ne sont, en principe, pas brevetables. Les brevets sont réservés aux inventions : ils relèvent du domaine des réalisations. La science "pure", elle, ne peut être protégée; elle n'est la propriété de personne, ou, plutôt, elle appartient à tout le monde. Le principe d'Archimede ou les lois de la mécanique ne sont pas brevetables... Mais leurs applications techniques le deviennent. Car elles sont assimilées à des solutions techniques apportées à des problèmes techniques : elles sont alors considérées comme des inventions. On demande donc désormais aux chercheurs de prolonger leur réflexion au-delà de leurs découvertes, pour envisager des applications propres à intéresser l'industrie (voir l'exemple d'Auguste Commeyras). Dans le tableau ci-contre, on voit que le nombre de brevets produits par les organismes de recherche n'est pas toujours en rapport avec leur budget.



"Managing Information Strategically."

"Increase your company's competitiveness by using information as a strategic tool." James McGee and Laurence Prusak. Ernst & Young Management Series, John Wiley & Sons, Inc, 1993.

(Résumé sur la jaquette).

Over the past 25 years, the corporate world has undergone a transition from an industrial economy to an information economy--an environment where information drives the creation of wealth and prosperity, and where businesses accustomed to winning by virtue of size are losing their lead to competitors more agile in their use of information.

Visionary companies have realized for years that succeeding in this new age will require better management of information--but up to now, too many have focused primarily on the management of information technology, and its potential for boosting worker productivity. This first volume in the Ernst & Young Information Management Series emphasizes that organizations must learn to view information itself as a potent tool--and manage it as a resource that is more strategically important than labor or capital.

Drawing on a wide range of studies and the experience of companies ranging from American Airlines to Frito-Lay, Managing Information Strategi cally explains how an organization must explicitly consider information issues in its overall strategic thrust--as it designs a plan to achieve market distinction, marshals the resources to execute that plan, and finally, integrates strategy with execution in a dynamic environment.

In Part I, the authors examine the role of information in strategy design. They show how active management of information is required to define customers and market segments and discover the full nature of the competition; both are key elements in a company's ability to carve out a niche in the marketplace. The book also demonstrates how information in itself is increasingly being offered by companies as a differentiating product, and how it helps to inspire and support new strategic alternatives.

Part II offers guidance on the management of information to improve the efficiency and effectiveness of important organizational processes. Here, McGee and Prusak focus on three areas that have previously received scant atention--the definition of information management processes, the design of information architectures, and the management of behavior regarding information.
With regard to the last of these, the authors focus particularly on issues of information politics. Noting that information access--like access to other important resources--is a form of power, they explain how behavior around information can be highly political in major companies. By analogy to alternative forms of government (monarchy, federalism etc.), the book outlines the major models of information politics within organizations, discusses the advantages and drawbacks of each, and highlights the danger of imposing an inappropriate model on an organizational culture.

Part III of Managing Information Strategically considers the management of information to integrate strategy design and execution and to support strategic performance measurement. It examines the role of information-based management processes and systems in keeping an organization's operations aligned with its strategic goals.
In this final section, McGee and Prusak also discuss the value of systematic learning within an organization. Ongoing learning, they state, is the engine that empowers an organization to adapt to a dynamic environment with new and more relevant strategies.
The authors show how information and information technology can be used to stimulate both individual and organizational learning within an organization and allow it to maintain agility in a world whose only constant is change.
Managing Information Strategically offers Important guidelines on managing information--but more importantly, it sends a long-needed wake-up call to business about the crucial and constant role of information in the quest for strategic success. It's sure to help organizations understand what it means to be information-enabled at a time when they must be to survive.

JAMES McGEE and LAURENCE PRUSAK are founding members of Ernst & Young's Center for Information Technology and Strategy. Located In Boston, the Center serves as the focal point for the firm's efforts to develop leading-edge thinking on how organizations can improve the performance of their information and technology assets.

Between them, McGee and Prusak have nearly forty years' experience consulting to management on the effective use of information and technology. Mr. McGee specializes in the integration of technical and organizational change and the challenges of strategic uses of information. He received his MBA and doctoral degrees from the Harvard Business School. Mr. Prusak's specialty is the effective use of information for achieving strategic ends. He holds master's degrees from New York University and Simmons College.

PHILIP PYBURN, who was formerly at the Center, is a partner at Management Support Technology Corporation.

ERNST & YOUNG is a leading international professional services firm, with 65,000 people in more than 600 cities in over 100 countries.



Compléments

Du même auteur :
Le retard de la France.
Recruter en intelligence économique.


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